Le livre numérique

Le livre numérique, qu’est-ce que c’est ?  D’où vient-il ? Où va-t-il ? Sur quoi le lit-on ? Que peut-il nous apporter de plus ? Sonne-t-il vraiment le glas du livre, des bibliothèques et des bibliothécaires ? Abîme-t-il les yeux en cas d’usage prolongé ? … Tant de questions temps de réponse.

Le livre numérique ? Mais de quoi s’agit-il ?
Il s’agit des publications (livres, journaux, magazines…) qu’on peut consulter, distribuer et conserver sous une forme exploitable informatiquement. Pour l’obtenir, il existe principalement deux manières de faire : la numérisation et l’édition numérique.

 

 

Numérisation ??
La numérisation c’est la transformation d’un document papier en un document numérique. Au début, cela se faisait en encodant l’ensemble du texte à l’aide du clavier d’un ordinateur. Par la suite les progrès techniques ont permis de scanner ce même texte page après page. Cette innovation permet d’obtenir soit une simple image figée du document de base soit un texte brut qui présente l’avantage de pouvoir être retravaillé à l’envi .
Grâce à la numérisation, il est possible de sortir du coma un nombre incalculable d’ouvrages gisant oubliés  – et donc sous-utilisés – sur des étagères (pour les plus chanceux) en une base de données accessible par tous et de partout.

Ah, mais alors, il s’agit d’un phénomène récent !
Le premier livre numérique, l’e-text 1, date de … 1971.  Et plus exactement, du 4 juillet, date à laquelle un jeune étudiant à l’Université de l’Illinois, Michael Hart, saisit au clavier de son ordinateur la « Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis ». Il inaugure ainsi la première bibliothèque numérique, le projet Gutenberg était né. Au fil du temps et grâce aux évolutions technologiques, d’autres initiatives ont vu le jour. Citons Gallica, Europeana, Belgica,la WorldDigitalLibrary, …

Il n’y aurait donc que des bibliothèques numériques à vocation patrimoniale ?
Non.  Outre ces projets sans but lucratif, il en existe d’autres aux visées commerciales plus ou moins clairement affichées.

Lesquelles par exemple ?
Envisageons d’abord Google livre et son retentissement. Pour comprendre la stratégie de Google, il est utile de distinguer les trois temps juridiques d’un livre. D’abord une période pendant laquelle le droit d’auteur est d’actualité puis un temps pendant lequel il n’est plus d’application. S’ajoute à cela une zone grise, couverte par le droit d’auteur mais pendant laquelle persiste un flou sur l’identité des ayants droit. Ces œuvres restent alors orphelines et Google a décidé de leur « redonner vie ».  Ainsi, a-t-il joué un rôle d’accélérateur brutal mais essentiel dans le processus de mise en accès direct des contenus et forcé les pouvoirs publics à réagir.

Parlons ensuite de l’édition numérique… Cette notion recouvre les publications nativement numériques c’est-à-dire celles, qui de la création à la lecture, n’ont jamais quitté la forme digitale. En avant-propos, il convient de comparer deux passages d’un format « physique » à un format « numérique » auxquels à été confronté le grand public. D’un côté, on a le passage, pour la photo, de l’argentique  au numérique. Celui-ci s’est fait en douceur puisque réalisé sous l’impulsion de deux géants du secteur, Kodak et Agfa.  
De l’autre côté, on a la musique dont la transformation puis la transmission et la distribution (même légale) ont été prises en main par des acteurs étrangers à l’industrie musicale. Lorsque l’on compare, on se dit que les acteurs du livre ont tout intérêt à  réinventer leurs rôles et leurs interactions s’ils ne veulent pas être exclus du processus de propagation mondiale que permet le numérique.

Mais ça fait longtemps que le numérique a fait son entrée dans le milieu de l’édition !
En effet, actuellement, on assiste souvent au processus suivant. Les auteurs utilisent un traitement de texte type « Word » pour écrire leur prose, l’envoient par mail à leur éditeur, celui-ci le transmet par le même biais au correcteur puis au graphiste et au bout du compte un document papier sort des rotatives. On le voit il reste donc, en théorie, très peu à faire en terme de technique pour que le livre soit distribué sous forme numérique.  

Qu’apporte le numérique à l’édition ?
 D’abord, les coûts moindres de production et de destruction qui permettent d’éditer des ouvrages qui même à faible voire très faible « tirage »,  restent rentables et donc de permettre à plus de monde d’assouvir ses intérêts par le biais d’œuvres de qualité rédigées par des auteurs compétents.
Ensuite, les coûts moindres de conservation qui permettent de laisser plus longtemps une œuvre à disposition. 
Enfin, l’amélioration des technologies de distribution. La rapidité accrue permet de traiter d’une actualité brûlante dans un ouvrage qui a les qualités de rapidité du journal et l’espace d’expression de l’ouvrage documentaire et cela sans compter l’interactivité et les mises à jour possibles. L’utilisation du web comme canal de distribution permet d’atteindre des territoires jusqu’alors inaccessibles.

Mais alors pourquoi tant de frilosité de la part des éditeurs, des auteurs et des lecteurs ?
Les premiers se trouvent confrontés à la grande complexité des questions légales qui entourent la diffusion du livre numérique. Les autres sont arrêtés par le fait que les coûts moindres de production ne rejaillissent pas (ou si peu) sur les royalties (part que l’auteur perçoit sur le prix de vente du livre) et le prix de vente du livre

Tous ces problèmes réglés, c’est la fin du livre papier ?!
L’apparition d’un nouveau média ne tue pas le média qui existait avant lui mais, par contre, ce dernier est contraint de (re)découvrir son originalité face au nouveau moyen de communication. L’édition manuscrite s’est ainsi prolongée près de 3 siècles après l’invention de l’imprimerie car pour une édition de moins de 100 exemplaires cela revenait moins cher d’engager un copiste qu’un typographe.

  Malgré tout, je ne vois pas comment le livre pourrait encore rivaliser ?
D’abord, pour beaucoup l’outil idéal de transmission de l’information doit être à l’épreuve des chocs et des changements climatiques, passe-partout, recyclable et écologique. C’est-à-dire… le livre.
Ensuite, il a un fort pouvoir d’attachement, on loue son contact, son odeur, … et le rapport à l’objet-livre dépasse la question de la lecture pour en faire un lieu symbolique.
Enfin, si l’on parle chiffres, près d’un million de titres sont publiés chaque année dans le monde et ce nombre est en croissance permanente.
De plus, certains spécialistes du milieu se veulent rassurants. Ainsi, le Syndicat français des auteurs de BD explique que toutes les mises en ligne d’albums ont toujours engendré des ventes papier et que plus les gens lisent, plus on leur donne à lire et plus ils auront envie de lire. Les maisons d’édition américaines ajoutent que plus on lit de livres numériques plus on achète de livres imprimés car certains lecteurs prennent plaisir à « flairer » un livre numérique avant de l’acheter en format papier.

Mais c’est bien peu face aux multiples qualités que semble avoir le numérique !
En effet, le gain de place est à prendre en compte puisque 36000 pages imprimées au format texte brut peuvent tenir sur un DVD.
Ensuite, le numérique offre la possibilité de recherche plein texte et certaines fonctions permettent même d’approfondir la lecture en consultant un dictionnaire ou un document audiovisuel.
Enfin, les fonctions émergeantes de traduction simultanée ajoutent la possibilité de piocher dans un grand nombre de langues.
Toutefois, le livre numérique a un défaut principal : le manque de pérennité et d’uniformisation des formats. Il est (en théorie) plus facile de lire un livre de 1480 qu’une disquette de 1980 puisque qu’aucun support numérique n’a  survécu plus d’une décennie. Tout comme il est parfois impossible de transférer puis lire un livre numérique d’une machine à l’autre parce que les formats d’encodage sont différents.

Le livre papier a donc encore de beaux jours devant lui !?
Oui, le numérique est à considérer comme la quatrième forme du livre après l’édition « grand format », l’édition « de poche » et l’audiolivre. Il est l’aboutissement d’une démarche amorcée lors de l’introduction de l’illustration dans le livre papier. Il y a eu l’image, puis le CD audio et le cédérom d’accompagnement et maintenant tout cela se trouve compilé dans le livre numérique. Et les amoureux irréductibles du papier peuvent imprimer ou faire imprimer à la demande des versions papier voire (re)composer leurs livres à partir de sources multiples.

La mort annoncée des bibliothèques, un phantasme de plus ?
Oui car les bibliothèques et plus particulièrement les bibliothèques publiques sont là pour fournir de l’information et guider les usagers à travers l’immensité des connaissances. Elles sont là pour garantir la liberté d’accès du citoyen aux informations fixées sur les supports multiples et le numérique n’est finalement que l’un d’entre eux. Plus que la bibliothèque envisageons la bibliosphère c’est à dire les trois visages de la bibliothèque de demain. Les lecteurs continueront à venir sélectionner leurs ouvrages sur les rayonnages mais pourront aussi télécharger des documents numériques sur place et bénéficier, en tout temps et en tout lieu, d’un accès à un champ d’informations illimité. Quelle que soit la manière dont ils accéderont aux connaissances, ils bénéficieront du travail intellectuel sur les contenus qu’auront mis en œuvre les médiateurs du savoir que sont les bibliothécaires. 

Le livre numérique à  l’air fortement lié à l’informatique ! On ne peut donc le lire que sur un ordinateur ?
C’est effectivement l’une des possibilités mais plusieurs autres familles de supports électroniques existent. D’abord, les Smartphones ou téléphones mobiles « intelligents » qui disposent des fonctions d’un assistant électronique et depuis peu d’applications permettant de lire des livres numériques. Certains de ces logiciels ou applications permettent, en outre, de télécharger directement des titres et de constituer sa propre bibliothèque. Ensuite, les tablettes, dont la plus connue est l’iPad, qui ressemblent à de grandes ardoises, sont tactiles et ont des fonctionnalités particulièrement orientées vers les médias tels que les livres, journaux, magazines, films, musiques, jeux, mais aussi vers l’Internet, l’accès aux courriers électroniques, les réseaux sociaux… Enfin,  les liseuses qui sont entièrement dédiées à la lecture et combinent confort de lecture et autonomie.  Légères et nomades, elles permettent d’emmener sa bibliothèque partout avec soi. Elles offrent de plus des fonctions permettant d’approfondir la lecture comme des dictionnaires, des possibilités de traduction instantanées…

Tout cela, c’est très bien mais lire sur un écran, moi ça me donne mal aux yeux !
C’est là que la liseuse peut mettre en avant son avantage principal. En effet, si les tablettes, Smartphones et écrans d’ordinateurs recourent à des  écrans LCD rétroéclairés pour afficher leurs données et donc causent fatigue oculaire, maux de tête…, les liseuses font appel au papier électronique sur lequel on écrit à l’encre électronique. Sans entrer dans des détails trop techniques, on pourrait comparer cette technologie à une variante informatique des ardoises magiques de notre enfance. Et cela n’est que l’une des choses qui rendent la liseuse bonne pour la santé.

Bonne pour la santé ?! Je ne vois pas …
Il vous suffit de penser quelques instants aux dos des petits (et des grands) qui, allant à l’école, remplaceront une multitude de manuels, ouvrages de références… par une liseuse contenant l’ensemble des pages qui leur seront nécessaire au fil de la journée. 

D’accord. Mais si chaque médaille à son revers quel est celui des liseuses ?
L’encre électronique a effectivement quelques inconvénients. Malgré de nombreuses tentatives, aucun système permettant l’affichage de couleurs ne s’est encore imposé à ce jour et l’affichage se fait donc pour l’instant en niveau de gris. Il faut également noter la relative lenteur inhérente à l’encre électronique et à certains formats d’affichage.

Bien, après toutes ces explications j’ai envie de tester cette nouvelle technologie ! Où puis-je emprunter une liseuse ?
Depuis le 6 mai 2011, la section adultes de la bibliothèque provinciale du Hainaut àLa Louvière, offre la possibilité d’emprunter des liseuses pour une durée d’un mois. Elles abritent déjà une bibliothèque préinstallée de livres libres de droit et constituent une bonne première approche du monde des livres numériques. 

Numérique ou papier, ce qui compte au final, c’est bien le contenu n’est-ce pas ?
Oui, comme le dit si bien Lucien X. Polastron : « Au cœur des divers et jamais définitifs supports de la transmission du savoir, seul compte finalement  le texte qui y est porté »

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